Cour d’Alger : Le ministère public requiert 15ans de prison contre deux cadres de Sonatrach

Publié le par sonatrach

L'affaire de la réalisation d'une base de vie pour Sonatrach près d'In Amenas (Illizi) qui n'a d'ailleurs jamais vu le jour a été ouverte, avant-hier, par le tribunal criminel d'Alger.

Le procès qui a duré deux jours met en cause un ressortissant français, Haward André Michel, et deux cadres de Sonatrach qui sont en détention depuis 5 ans, contrairement au Français qui a bénéficié de la liberté provisoire. Ils sont accusés, notamment le Français, de complicité de détournement d'argent, de falsification de documents officiels, de faux et usage de faux, d'escroquerie, de corruption et d'atteinte à la société Sonatrach.

Les faits remontent au début de l'année 2004 lorsque la direction générale de Sonatrach reçoit une lettre anonyme qui attire l'attention sur un marché «douteux» et «frauduleux» d'un montant de 131 milliards de centimes, portant sur la réalisation d'une base de vie pour les employés et les cadres de Sonatrach qui a été attribué à l'entreprise ITGA que dirige l'accusé français. La lettre mentionne en effet que le gérant de l'entreprise en question a utilisé des moyens peu «orthodoxes» pour s'adjuger la transaction, même si ça été fait dans un appel d'offres lancé par Sonatrach.

L'arrêt de renvoi de la chambre d'accusation fait état de falsification de documents dans le contrat de garantie remis au Crédit populaire algérien (CPA) pour obtenir de cette banque le prêt de 131 milliards et indique, en outre, que Haward André Michel s'est appuyé sur les deux cadres de Sonatrach incriminés dans cette affaire pour pouvoir rafler la mise. Il s'agit d'informations fort utiles et concernant les autres sociétés soumissionnaires qui lui ont été fournies par Brahim K., Mohamed B.-S. et grâce auxquelles il a pu se préparer en conséquence.

L'enquête enclenchée aussitôt la réception de la lettre anonyme dont l'auteur est un ancien employé de l'entreprise française ITGA a révélé aussi que cette entreprise n'était pas qualifiée pour réaliser un projet de cet envergure, et l'on soupçonne même qu'il s'agit tout simplement d'entreprise fictive qui a amassé de l'argent sans réaliser la base de vue en question, car le cour lui a fait remarquer que l'expertise a précisé que son entreprise ne dispose d'aucun moyen ou autre matériel pour réaliser les travaux.

Appelé à la barre, le ressortissant français dément les accusations et accuse l'auteur de la lettre anonyme de vouloir «lui faire du mal». «Je crois qu'il a agi de la sorte pour la seule raison de se venger, car je l'ai chassé de la société après avoir volé de l'argent et fait preuve de comportement indigne», se défend-il non sans assurer à la cour qu'il n'a ni violé la loi dans le marché qu'il a décroché ni bénéficié de l'aide de quiconque, allusion faite aux deux cadres de Sonatrach qui ont bénéficié, selon l'arrêt de renvoi, d'un voyage à Paris pris en charge totalement par Haward André Michel et 100 millions de centimes chacun. Chose que le Français mais aussi les deux accusés algériens réfutent énergiquement.

Interrogé sur le sort de la base de vie qu'il devait construire, le gérant de l'entreprise ITGA évoque des contraintes bureaucratiques et administratives de Sonatrach qui n'a pas pu, selon lui, assurer l'assiette foncière. Aussi, il soutient que son entreprise n'est pas fictive. Pour preuve, poursuit-il, les 200 millions déboursés pour les études, et souligne qu'il détient tous les documents qui prouvent sa bonne foi (contrat d'assurance...).

Prenant la parole, le représentant du ministère public n'a pas été tendre avec les trois accusés en affirmant, à ce propos, que leurs intentions étaient «claires» et visaient à s'emparer de l'argent. Il visera beaucoup plus les deux Algériens qui ont joué, selon lui, un rôle important dans ce détournement et requiert à la fin 15 ans de prison contre Brahim K. et Mohamed B.-S. et 10 ans de prison contre Haward André Michel.

Les premières plaidoiries des avocats de la défense ont été axées sur l'absence de preuves tangibles pouvant incriminer les accusés, et Maître Silini s'est interrogé à cet effet sur la crédibilité de la lettre anonyme et de son auteur. «Si vraiment ce Monsieur prétend vouloir du bien à Sonatrach et à l'entreprise française, il serait venu témoigner», s'insurge l'avocat qui signale que le procès a été reporté à cause justement de l'absence de ce témoin.
Les interventions des robes noires se sont poursuivies jusqu'en fin de journée, et le verdict devait tomber tard dans la soirée.

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