La ville de hassi messaoud

Publié le par sonatrach

Celui qui connaît le quartier d'El Hamiz d'Alger, visitant Hassi Messaoud, ne se croirait pas à plus de 900 kilomètres de la capitale.
Pour déambuler dans les rues de Hassi Messaoud, il faut un « laissez-passer ». Un petit « Etat » dans l'Etat. A Ouargla, les chauffeurs de taxi refusent de prendre des visiteurs de Hassi s'ils n'ont pas de laissez-passer. Car, « c'est une perte de temps et donc d'argent » que de s'arrêter près d'une demi-heure devant le barrage sécuritaire installé à mi-chemin entre Ouargla et Hassi Messaoud. Militaires, gendarmes et policiers vérifient l'identité des visiteurs de cet « Etat ». Il faut donc que le transport public s'arrête, que les sans « laissez-passer » descendent pour « expliquer et justifier » les raisons de leur déplacement. Mais cette règle n'est pas appliquée à tout le monde.
Etre femme, seule de surcroît, peut être un atout majeur pour entrer dans cette ville « sans raison définie ». Pour le visiteur, faire du « tourisme et du shopping » justifiait l'accès à Hassi Messaoud. Mais dès que les pieds foulent le sol de la ville, l'inconnue est « repérée ». C'est alors la « drague » d'une manière un peu « vulgaire ». « C'est normal, nous explique-t-on plus tard, dans cette ville, il y a les mentalités des 48 wilayas et ce mélange, quelque peu explosif, fait qu'il y a autant de comportements déconcertants. » L'autre explication réside sûrement dans le fait que Hassi est malheureusement connue par le fléau très répandu de la prostitution.
Au niveau d'un grand et ancien hôtel de la région, une chambre est refusée à « la femme non accompagnée ». Il faut décliner son identité de journaliste pour avoir « droit » à un hébergement. « Il faut nous comprendre, c'est pour préserver la réputation de notre hôtel », expliquera plus tard le responsable de cette infrastructure. Des conseils sont même donnés à l'étrangère à la région : « Après 19 heures, il faut éviter de circuler seule et il faut également éviter d'aller dans certains quartiers. » Les vols et les agressions sont devenus « monnaie courante » à Hassi même. Cet avis, celui des anciens habitants de la ville, est loin d'être partagé par le premier responsable de la gendarmerie. Ce dernier affirme qu'« il n'y a pas d'agressions mais des vols depuis un moment ».
La femme, le travail et l'autre « travail »
Selon ce responsable, la présence de nombreuses personnes à la recherche d'un emploi sans succès finit par générer autant de vols. Pour le chef de brigade, « la première mission des gendarmes est la protection des 2 390 étrangers de 70 nationalités différentes présents à Hassi ». Parlant de la prostitution, le gendarme affirme que le phénomène n'est pas aussi répandu que le rapportent les médias : « Il est surtout causé par le comportement d'hommes sans scrupules qui promettent monts et merveilles à des femmes de différentes régions du pays mais, une fois à Hassi, ces dernières sont face à une autre réalité. » L'avis d'un ex-élu de la commune est tout autre sur cette question. Pour ce dernier, « il y a complicité des autorités. Sinon comment expliquer que ces dernières obtiennent l'autorisation d'accéder à Hassi et finissent par avoir un laissez-passer. Je n'irais pas jusqu'à dire que les éléments de sécurité qui assurent la vérification à l'entrée de la ville y participent mais je pense qu'il s'agit de tout un réseau qui permet à ces femmes d'avoir des contrats de travail comme femmes de ménage dans les entreprises pour exercer l'autre métier ». Des travailleurs d'entreprises soutiennent cette version également, affirmant que certaines, agents d'entretien, « assurent également un autre travail » le soir chez elles.
La prostitution, un début... sans fin ?
Selon les anciens occupants de la ville, le phénomène de la prostitution a vu le jour au début des années 1990. A l'époque, El Haïcha n'était qu'un petit quartier abritant quelques familles des Chaamba. C'est avec le lancement du grand projet Gazoduc Maghreb-Europe (GME), réalisé par Bechtel, une société américaine, que de nombreuses personnes, notamment des femmes, ont été recrutées par cette dernière afin d'assurer la restauration et l'entretien. Une fois le projet terminé, la main-d'œuvre féminine qui était déjà mal vue « pour avoir travaillé pour des Américains » a préféré suivre Bechtel qui s'installait à Hassi, surtout que le terrorisme prenait de l'ampleur.
Hassi, la nostalgie d'une contrée paisible
« La ville était paisible et la sécurité totale », affirment-ils. A l'exemple des enfants de ce pétrolier, aujourd'hui à la retraite, qui se souviennent des randonnées tardives ou encore des soirées musicales organisées par Sonatrach. « Nous avions des aires de jeux, une salle de projection et plein d'autres avantages », affirment ces derniers qui pensent qu'aujourd'hui « le nombre important des travailleurs de Sonatrach fait que cette entreprise ne peut plus assurer le même confort qu'avant à ses employés ».
L'entreprise continue de prendre en charge les frais des logements de fonction de ses employés, à assurer la distribution du pain ou encore le transport. Mais c'est loin d'être la prise en charge des premières années de la Sonatrach. A l'époque, tous les travailleurs, même en famille, vivaient dans des bases de vie. « La vie dans les bases était bien meilleure que dans ces logements de fonction. On avait toutes les commodités du Nord et même beaucoup plus », se souvient Sara, 23 ans, qui est née à Hassi. Cette dernière, ainsi que sa copine Hassina, 32 ans, ont eu l'occasion de vivre dans les bases. Ces dernières et jusqu'à aujourd'hui sont très bien tenues. La base de vie « Irara » ou encore « 24 Février » ont chacune une capacité d'accueil de plus de 2 000 personnes. D'une superficie de plus de 7 km², à l'intérieur de ces bases, il est difficile de croire qu'elles sont situées dans le Sud, au milieu du désert : verdure à perte de vue, piscine, bureau de poste, centre pour l'Internet, pépinière, élevages (bovins, ovins, chevaux, chameaux...), garderie, aires de jeux, centre omnisports, restaurant ou encore bars. Des studios et des villas sont construits pour accueillir les travailleurs.
Quitter la base pour vivre dans un logement de fonction à Hassi Messaoud n'a pas été du goût de nombreuses familles. Ces dernières se retrouvent dans leur majorité cloîtrée dans leurs appartements et leur seul loisir reste les visites de courtoisie des anciennes connaissances. « On se rend visite entre nous, les anciennes familles. C'est tout. Plus de sortie le soir, plus de projection ni de sport. Avec l'extension de la ville et la venue de nombreux inconnus, l'insécurité règne même en plein jour », affirme Hassina. Ces anciennes familles pensent que le passage de Hassi de zone industrielle en commune est une erreur. Pour preuve, elles citent les nombreux bidonvilles qui « encerclent » la ville. Il y a officiellement, comme l'a déclaré le secrétaire général de la commune, M. El Mekki, moins de trois cents familles qui vivent dans des bidonvilles. Sur le terrain, l'étendue de ces lieux de fortune laisse à penser qu'elles sont beaucoup plus nombreuses. Dans au moins six sites, des bidonville sont construits, à savoir B'zine Darhaoui, Bouamama, Ouled Zit, Irara et Haouth El Hamra.
La richesse, le bidonville, la décharge...
Un projet d'éradication a été établi par la commune mais, pour des raisons que même le secrétaire général « ignore », le projet n'a pas abouti. « Nous avons choisi le site de ‘‘Toumiate'' pour construire des logements à ces gens-là avec toutes les structures d'accompagnement [école, centre de santé, commerces...] mais ce projet n'a pas abouti pour je ne sais quelles raisons. Ces familles se sont alors multipliées. A notre niveau, nous comptabilisons quelque 350 familles qui, réellement, vivent dans ces bidonvilles ; le reste, ce sont des tricheurs qui ne s'installent qu'à la veille d'une annonce d'éradication de ces lieux », a affirmé M. El Mekki. A B'zine Dahraoui, la vue de ces amas de cartons, zinc et autres sachets noirs transformés en abri laisse le visiteur sans voix. « Il ne faut pas s'approcher, ces gens-là sont rancuniers et ont des chiens méchants », affirme le guide, un ancien habitant de Hassi. A croire que c'est une séquence d'un film d'horreur. Selon ce dernier, à Messaoud, plus de 800 familles sont derrière un tas d'ordures car le site de B'zine Darhaoui est une décharge publique. D'après ce qui se raconte, la nuit tombée, les habitants de ce bidonville négocient avec les conducteurs des bennes à poubelles les endroits de leur déchargement afin d'éviter que le tas d'ordures soit à proximité de leur abri. Le jour levé, il est possible de voir les enfants au milieu des ordures à la recherche d'objets récupérables, de restes de nourriture ou encore des vêtements.
Avec ces portraits de pauvreté démesurée, il est étonnant que les mendiants soient rares dans les rues de Hassi Messaoud. La pauvreté doit être cachée dans la plus riche commune du pays pour être mieux oubliée. Que font les autorités locales pour l'éradiquer ? Quel rôle a Sonatrach, cette structure qui a mis au monde Hassi ? Les anciens habitants et les plus aisés d'entre eux reconnaissent qu'autant la ville de Hassi est riche, autant la pauvreté d'une frange de ses habitants est criante. Tous mettent cet état de fait sur le dos des élus. « Notre commune est très mal gérée », soutiennent-ils. Ils parlent alors de « détournement, de magouilles et de népotisme ». Dans la ville, chacun a une histoire : sur le marché communal qui aurait coûté plus de 7 milliards et qui n'a jamais ouvert ses portes ou encore sur un rond-point qui a vu le jour après plus de 12 milliards de dépenses... Certains s'avancent même sur un sujet assez délicat : « Des pots-de-vin pour l'acquisition de marchés. » Mais pour parler de ces sujets, l'anonymat est de rigueur. Quel degré de vérité y a-t-il dans ces rumeurs colportées par la population de Hassi ? Seule une enquête minutieuse diligentée par les plus hautes autorités de l'Etat peut répondre à cette question.Jusque-là, la population de Hassi continuera de vivre au rythme des rumeurs et des maux qui délabrent la vie sociale.
« Les deux mains gauches de l'Algérie »
« La prostitution, la drogue, le vol, les agressions ou encore les détournements font partie aujourd'hui de notre quotidien », a affirmé un jeune ingénieur de cette ville. Ce dernier, qui a trouvé un emploi « grâce à Orascom », comme il a tenu à le souligner, estime qu'à Hassi « il y a trop de mentalités et de personnes qui s'installent, créant toutes sortes de débauches ». Il n'est pas le seul à le penser d'ailleurs. Pour les nouveaux citadins, il n'est plus question de s'installer avec la famille, comme le dira Mustapha, un chauffeur de taxi, venu de Corso (Boumerdès) en 1989. Une annonce de Sonatrach à l'époque cherchant des chauffeurs l'a décidé à quitter son employeur privé qui le faisait travailler au noir.
Quinze ans après, Mustapha ne compte toujours pas ramener sa famille à Hassi. « Ici, il y a un mélange malsain de gens. Beaucoup de travailleurs n'ont pas pu vivre en famille et ont dû les renvoyer dans leur wilaya d'origine ». Amar, employé dans un hôtel, partage cet avis. Depuis 3 ans qu'il est à Hassi, Amar, d'origine kabyle, soutient que l'idée de s'installer avec sa famille n'a pas effleuré son esprit. « Pour moi, je suis comme emprisonné, je ne comprends pas ce mélange de mentalités et je n'arrive pas à m'adapter. Les gens ici ne cherchent qu'à gagner de l'argent et les plaisirs de la vie », affirme Amar. Le mot de la fin revient peut-être à cet employé dans une structure de la protection de l'environnement. L'avis de ce dernier est sans appel : « Hassi Messaoud est le mal de l'Algérie. Son pétrole a donné deux mains gauches au pays. »

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hassi 30/08/2010 13:49


bonjour, désolé de vous dire que j'ai perdu mon temps on lisant votre long paragraphe, c'est pas vrai se que vous dite, et c'est tout à fait normal d'exiger un laisser passé.
et pour les hôtels c'est comme ça en algerie entière alors il faut pas faire comme si c'est une première;
à mon avis personne n'est obligé de rester à hassi; au lieux de se plaindre pour un rien il faut réfléchir à s'en-sortir.
Dans la vie toutes les situations que nous vivons sont les conséquences des décisions prises à la légère.